Pourquoi la lutte contre les inégalités nous concerne tous – #BlogActionDay2014

Chaque année, l’événement Blog Action Day réunit des blogueurs et des internautes du monde entier pour écrire librement sur un thème lié à la justice sociale et poster ces articles le même jour. En 2014, le sujet est particulièrement important pour notre travail à DIS-MOI : il s’agit de parler des inégalités. Nous avons décider d’y participer pour expliquer ce qu’impliquent les inégalités dans une société, et plus particulièrement dans nos îles de l’Océan Indien.

Si vous souhaitez partager vos pensées aussi, n’hésitez pas l’écrire en commentaire. Nous le rajouterons peut-être à notre article.

Lutter contre les inégalités n’est pas un choix moral, c’est une nécessité

Derrière chaque atteinte aux droits humains se cachent des inégalités sociales, économiques, culturelles ou politiques parce des individus détiennent et exercent un pouvoir supérieur aux autres, et que ce pouvoir ralentit ou même bloque la progression d’autres individus.

Si les inégalités sont si présentes, c’est parce qu’elles ont un allié puissant : un discours rampant qui légitime leur existence, si ancré dans notre paysage qu’il semble logique et «naturel» à nombre d’entre nous. Ce discours nous fait croire qu’il existe des règles simples depuis la nuit des temps pour que tout fonctionne sans accroc : il suffirait que chaque individu reste à la place qu’on lui a attribuée, même s’il y souffre plus qu’à une autre. Ceux qu’on laisse sur le bord de la route ne seraient alors que des sacrifices nécessaires à l’avantage du plus grand nombre. Si ces rôles déterminés devaient changer, si ceux qui attendent sur le bord de la route exigeaient soudain autre chose, est-ce que le système ne risquerait pas de s’écrouler et le chaos de s’installer ?

Dans la réalité, une société inégalitaire ne profite pleinement à personne. Elle survit en s’appuyant sur la peur des plus privilégiés de devenir des parias : «si tu partages ton pouvoir avec ceux qui n’en ont pas, ils vont se hisser jusqu’à ta place et comment savoir que tu ne descendras pas à la leur en retour ?»

Pour vaincre cette peur, certains choisissent honorablement de faire appel à la morale, ils disent «être équitable, c’est la bonne chose à faire !». Pourtant, donner une place aux handicapés dans l’entreprise, ce n’est pas quelque chose que l’on doit faire parce que c’est «bien». Traiter les étrangers de manière équitable, on ne le fait pas parce qu’on a «une conscience». Accorder aux LGBT les mêmes droits à la vie privée qu’aux hétérosexuels, cela n’a rien à voir avec nos grandes qualités ou notre «tolérance».

On doit faire tout cela parce que c’est simplement ce qu’il y a de mieux pour nous tous. Une société qui n’offre pas une place équitable à chacun est une société dysfonctionnelle. Et une société dysfonctionnelle cause du tort à tout le monde, même à ceux qui ne le réalisent pas. A chaque fois qu’un être humain à côté de nous est victime des inégalités, ce n’est pas seulement lui, c’est la société toute entière qui est touchée. Certains en souffrent beaucoup plus que d’autres, mais absolument personne n’a la possibilité d’en profiter complètement.

Même les avantages dont une petite poignée bénéficient sont des cadeaux empoisonnés : les hommes doivent perpétuellement prouver qu’ils ne sont pas «efféminés» pour garder leur place dominante mais la féminité étant un concept indéfinissable, mouvant et donc impossible à réfuter définitivement, ils ne cesseront jamais de faire leurs preuves ; les plus riches doivent jour après jour se protéger des effets de la pauvreté qui les entoure en se barricadant dans des résidences de plus en plus sécurisées et derrière des vitres de voiture de plus en plus fumées, mais cette pauvreté leur paraissant toujours plus violente à mesure que leur fortune grandit, leur fuite ne pourra jamais s’arrêter ; quant à ceux qui détiennent le pouvoir culturel, ils regardent avec inquiétude les autres groupes évoluant autour d’eux et tentent obstinément de les faire taire, anxieux à l’idée qu’un jour ils prendront leur place et tenteront d’imposer leurs croyances comme on l’a fait pour eux. Enfin, l’inégalité sait aussi prendre la forme d’une épée de Damoclès qui ne demande qu’à tomber : être une personne âgée ou handicapée n’est pas un statut social qui n’appartient qu’aux autres, c’est une situation qui a toutes les chances d’être la nôtre un jour.

En cherchant à préserver leur place, les groupes qui ont obtenu le pouvoir ont construit une société bancale sur un mirage. Nous pouvons dissiper ce mirage mais il faut que chacun d’entre nous accepte de remettre en cause sa propre place, de la regarder d’un autre œil pour s’assurer que nous n’étouffons pas les ambitions de nos voisins et que nous les laissons exprimer tout leur potentiel. Ceux qui ont les vies les plus agréables et qui détiennent le plus de pouvoir aujourd’hui ne l’ont pas obtenu parce qu’ils sont objectivement meilleurs mais surtout parce que la société leur a donné la possibilité de crier plus fort.

Les luttes contre les inégalités et pour l’application des droits humains doivent cesser d’être considérées comme des ambitions naïves et inspirées de «bons sentiments» : ce sont en réalité des nécessités de première urgence si nous voulons atteindre un monde plus paisible et plus stable socialement, économiquement et politiquement.

A DIS-MOI, nous avons fait de cette lutte notre mission dans les îles du sud-ouest de l’Océan Indien parce que nous voulons donner accès à cette stabilité à chacun des habitants de notre région, qu’ils vivent à l’Ile Maurice, à Rodrigues, à Madagascar, aux Seychelles, aux Comores, à Mayotte ou à La Réunion. Nous ne pourrons pas faire évoluer les choses seuls : nous avons besoin de vous et cela peut simplement s’exprimer par une simple déclaration de soutien en devenant officiellement supporter de notre association.

Les inégalités : voix des îles de l’Océan Indien

Rodrigues

Notre section de DIS-MOI à Rodrigues parle de la situation des personnes âgées

La pension universelle garantie par l’Etat ne suffit pas à pallier aux besoins de certaines personnes âgées. Surtout lorsque l’on sait qu’à Rodrigues nos seniors ont souvent leurs petits-enfants à charge puisque que les parents de ces derniers sont en recherche d’emploi à l’Ile Maurice.

Ezechiel Collet, membre de DIS-MOI parle de la jeunesse

Les jeunes Rodriguais sont talentueux. Certains sont très motivés, mais ils n’ont hélas pas l’occasion de s’épanouir. Ils hésitent à montrer leur savoir-faire, car les perspectives, les débouchés manquent. Les formations sont limitées à certains domaines. Il n’y a pas d’innovation, de diversification. Comme à Maurice, certains fléaux font d’énormes dégâts chez les jeunes. Le chômage pousse notamment ces jeunes désoeuvrés vers l’alcool. Le problème des grossesses précoces devient de plus en plus préoccupant dans l’île. J’invite donc les autorités à prendre des mesures pour sauver notre jeunesse qui n’est pas encadrée.

Jean-Margéot Ravina, membre de DIS-MOI parle de l’accès à l’information

Les Rodriguais n’ont pas accès à l’information, tant sur leurs droits humains et autres, que de manière générale. Les Rodriguais ne revendiquent pas assez leurs droits. Ils n’osent pas interroger l’État sur ses dysfonctionnements ou sur les décisions qu’il prend. Il est très rare de voir un Rodriguais poursuivre l’État, car il ne connaît pas les procédures, les démarches à suivre pour faire entendre sa voix.

Ile Maurice

Alain Auriant, coordinateur de l’ONG Sa Nou Vize et membre dre DIS-MOI parle des inégalités dans la région de Rose-Belle

Dans notre quartier, il y a beaucoup de problèmes de chômage, de logement, d’éducation des enfants, les problèmes des femmes qui ne disposent pas de crèche où laisser leurs enfants pour aller travailler.

Aarthi Burtony, présidente de DIS-MOI et membre de la Commission Droits des Handicapés parle de la situation des handicapés

Il est révoltant de devoir se battre contre l’attitude des personnes qui ne souffrent d’aucun handicap. S’il y avait davantage de campagne de sensibilisation, si l’État donnait le bon exemple, les citoyens comprendraient qu’il ne faut pas avoir pitié des personnes handicapées. Nous réclamons tous simplement le respect de nos droits.

Lovena Babajee, coordinatrice de la Commission Droits des Femmes de DIS-MOI parle de la situation des femmes

Les hommes et les femmes jouissent des mêmes droits en vertu de la Constitution et de la loi mauriciennes, y compris en matière de droit de la famille, droit du travail, droit de la propriété, et droit d’héritage. Malgré tout, les barrières culturelles et sociales freinent la possibilité des femmes à jouer un rôle plus actif dans la société. Ce sont des préceptes ancrés depuis des centaines d’années qu’il faut remettre en cause.

Anousha Duva Pentiah, coordinatrice de la Commission Droits des Enfants de DIS-MOI parle de la situation des enfants

Beaucoup de combats sont encore à mener pour que tous les droits des enfants soient respectés et appliqués, quels que soient leurs lieux de vie et leurs conditions d’existence. Les enfants n’ont pas les mêmes chances partout : les droits de centaines d’entre eux sont bafoués chaque jour à Maurice. Ces constatations contredisent le principe d’universalité du respect des droits.

Jack Bizlall, syndicaliste, parle de la pauvreté

Notre société vit une situation paradoxale. Une situation de fracture sociale et une situation où les nantis progressent en profitant des ressources créées par tous. Ce faisant, ils poussent d’autres humains plusieurs pas en arrière. La pauvreté devient ainsi structurelle.

Jane Ragoo, syndicaliste, parle de la situation des femmes travailleuses

80% de 100,000 personnes qui touchent moins de 5,000 roupies mauriciennes par mois sont des femmes. Elles travaillent sous contrat avec un très bas salaire, faute de mieux, dans les secteurs du nettoyage et de l’entretien, des Organisations non gouvernementales (ONG), de l’informatique. Elles triment 55 heures par semaine, contre 45 heures ailleurs, dans la zone franche et le sea food hub. Le boulot fini, beaucoup de femmes rentrent à la maison par le bus, puis effectuent les tâches ménagères, s’occupent des enfants.

Madagascar

Rocco Rasoainovo, directeur de publication du journal La Nation parle de l’accès à l’éducation

Il y a un risque d’abêtissement de la frange la plus vulnérable de la population malgache : beaucoup de foyers ont des difficultés pour scolariser leurs enfants. La gratuité de l’enseignement primaire est inscrite dans la Constitution de la Quatrième République, mais il existe en réalité des frais au niveau des écoles primaires publiques. Beaucoup sont convaincus que l’Etat viole ainsi la Constitution, tout en privant une partie de la population d’un droit essentiel.

Fanirisoa Razanatovo, Assistance de Recherche Volontaire pour DIS-MOI parle de la situation des enfants

Le droit des enfants est un thème sur lequel il faut se concentrer : on croise beaucoup d’enfants des rues qui mendient dès l’âge de trois ans ou travaillent pour survivre.

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Et vous, quelle est votre voix sur les inégalités des îles de l’Océan Indien? Les commentaires vous sont ouverts.

5 comments

  • Evidemment, les injustices, les inégalités, les différents types de discriminations existent dans tant de formes. Nul n’est à l’abrit d’en souffrir un jour… Cessons de prétendre que « ce sont après tout, que les problèmes des autres »! Soyons des citoyens actifs, d’une vraie démocratie!

  • Je remercie BAD de m’avoir fait connaître votre site. Je viens souvent dans votre partie de l’Océan Indien et l’une des anecdotes que je raconte dans le post de blog pour le #blogactionday se déroule chez vous… http://laurabodeysimplyhuman.net/2014/10/bad2014-inegalites-de-sante/ Je vais vous suivre de près!

    • Merci à vous pour votre passage ici et le partage sur Twitter. Je crois avoir identifié l’anecdote qui se réfère à Maurice…
      Nous n’avons pas encore eu beaucoup l’occasion de travailler sur les questions d’accès à la santé mais il va sans dire que c’est un enjeu de taille pour notre région, notamment pour un pays comme Madagascar qui souffre de graves manques à ce niveau-là. Aussi, nous sommes vraiment ravis d’avoir pu découvrir votre blog aujourd’hui. N’hésitez pas à nous contacter si vous venez à travailler sur ces questions dans notre région!

      A bientôt!

  • Merci pour cet article très complet et intéressant sur ce thème. Si ma participation au BlogActionDay (http://www.dismoi.org/tribune/lutte-contre-inegalites-blogactionday2014/ ) parlait différemment des inégalités, nous nous rejoignons sur bien des points abordés et c’est bien tout l’intérêt de cette journée d’échange.

    • Merci pour votre message et nous avons vu que vous aviez partagé le lien de cet article sur votre blog! C’est toujours un plaisir d’échanger des points de vue sur un sujet qui nous tient autant à coeur 🙂

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