Affaire Harmon Chellen: des comptes doivent être réclamés à la police seychelloise

Le 18 août 2014, le corps sans vie du Mauricien Harmon Chellen, une figure importante du tourisme de l’Ile Maurice, est retrouvé en mer aux Seychelles. Quelques jours plus tard, Lindley Couronne, Directeur de DIS-MOI publie une tribune qui souligne les aspects incohérents de cette affaire qu’il juge suspecte. L’article fait énormément de bruit à l’Ile Maurice et est aujourd’hui un de ceux qui ont été le plus consulté sur notre site. Le 28 août, Lindley Couronne publie une nouvelle tribune dans le journal Le Mauricien où il parle des suites de l’enquête et des réactions des citoyens après son premier billet. Aujourd’hui, il reprend la plume dans le journal L’Express de l’Ile Maurice : nous reproduisons ici ses propos.

Acculé par la pression citoyenne régionale, l’État des Seychelles, par l’intermédiaire de l’Attorney General de l’archipel, réclame désormais une enquête judiciaire. Requête que nous saluons. Toutefois, la vigilance reste plus que jamais de mise, car si nous voulons que la vérité sorte enfin de toutes ces zones d’ombre, il faudrait plus qu’une enquête judiciaire, aussi impartiale soit-elle. Il faudrait également et surtout que les autorités mauriciennes sortent de leur torpeur et montrent qu’elles sont prêtes à dépasser la realpolitik régionale.

Plus nous nous plongeons dans le déroulement des faits relatifs à l’affaire Harmon Chellen, plus les contradictions nous explosent à la figure. En voilà quelques-unes que nous choisissons en vrac.

a) Alors qu’une déposition a été donnée à la police de Maurice pour affirmer que la mort d’Harmon Chellen est plus que suspecte, notre bonne police nationale, dirigée par le commissaire Dhun Ishwar Rampersad a-t-elle interrogé Deepak Balgobin, le Human Resource Manager de Shanti Maurice, qui était avec Harmon Chellen aux Seychelles en tant qu’invité d’honneur ?

b) Quel est le rôle joué par le consul mauricien aux Seychelles, le Dr Shah ? Quelle est la nature de sa fonction ? Et surtout, quels intérêts défend-il, lui qui conseille dans une lettre adressée à la famille Chellen de ne pas venir aux Seychelles, évoquant en cela deux arguments farfelus ?

c) La police seychelloise, tristement célèbre, a écrit officiellement dans son Diary Book que M. Harmon Chellen était «missing» à 14 heures 28. Cela, c’est au départ, alors qu’elle suppute que toute la région écoutera, émerveillée, son conte de fées. Mais sous la pression publique et médiatique, elle vient de sortir de sa boîte de Pandore une autre heure : 12 heures 10. Des autorités policières n’ayant rien à se reprocher joueraient-elles ainsi avec le temps, et par conséquent, avec leur crédibilité ?

d) Le certificat de décès d’Harmon Chellen établit sa mort à 15 heures alors que la police évoque 14 heures 50. Which is which ?

e) Quel aura été le rôle du brave ministre du Tourisme seychellois Alain Saint-Ange dans cet événement scandaleux ? Peut-il encore se regarder dans un miroir, lui qui s’empressa d’insinuer que son invité d’honneur se serait suicidé ?

L’État des Seychelles a encore beaucoup de chemin à parcourir pour être reconnu par les citoyens du sud-ouest de l’océan Indien comme un État de droit. Certes, l’initiative d’une enquête judiciaire est un pas dans la bonne direction, et nous nous attendons à une enquête réellement indépendante, qui réclamera des comptes à la police seychelloise. La société civile mauricienne et celles des régions avoisinantes demeureront attentives pour que cette «Judicial Enquiry» ne se convertisse pas en une «solemn judicial farce».

Lindley Couronne
Directeur DIS-MOI (Droits Humains Océan Indien)

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